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Elle est énoncée en 1823 par le Président Monroe, souvent résumée en une phrase « Aux Européens le vieux continent, aux Américains le Nouveau Monde ». Pour en comprendre le sens, il est nécessaire de revenir sur le temps long du développement de l’empire américain.
A l’indépendance obtenue en 1783, c’est un petit pays, environ 3 millions d’habitant·es dont plus de 500 000 esclaves noirs, sur un territoire de moins d’un quart des États Unis actuels. Les hommes blancs anglo saxons protestants (les WASP en américain) qui dirigent, prennent l’exemple de l’empire britannique dont ils se sont libérés, le nouveau pays n’est pas l’objectif à atteindre, mais le point de départ pour construire un empire.
Le premier acte est celui des conquêtes territoriales, qu’ils vont appeler le front de colonisation.
Ils achètent à la France la Louisiane de l’époque (1/4 des USA actuels, de l’actuelle frontière avec le canada jusqu’à la Nouvelle Orléans), à l’Espagne la Floride, à la Russie l’Alaska.
Il engagent des guerres de conquêtes. Celle contre les indiens à l’Ouest se pare d’une mission divine, l’expansion de la civilisation. Celle contre le Mexique en 1848 permet l’annexion du Texas, de la Californie. Leur seul échec est celui de la conquête du Canada en 1812 face aux britanniques. De 1803 à 1853, les États-Unis triplent leur superficie. Pour peupler et blanchir ces territoires immenses habités par des indien·nes, des latinos et des noir·es, ils organisent à partir des années 1840 une immigration de populations européennes, qui va croissante au cours du siècle. Entre 1880 et 1920, 25 millions d’immigrant·es arrivent.
C’est durant cette période, en 1823, qu’est formulée la doctrine Monroe face aux ambitions russes dans le Nord et surtout aux menaces d’intervention des alliés européens, inquiets de la libération des colonies espagnoles et portugaises d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale. C’est aussi l’époque ou l’Europe est occupée à la colonisation de l’Afrique et de l’Asie.
La doctrine affirme que les territoires américains ne sont plus susceptibles de nouvelles colonisations, et pas d’intervention américaine en Europe, pas d’intervention européenne dans le continent américain qui sera considérée comme une menace. Elle va servir de base à une politique d’hégémonie impérialiste des États-Unis sur le continent, cette fois-ci sans conquête territoriale. Hégémonie qui passe par le soutien aux dictatures militaires, aux caudillos divers, et si besoin par des interventions armées ponctuelles, comme en Uruguay, à Haïti, au Chili, au Brésil, ou en créant l’état de Panama par une division de la Colombie (en 1853), qui permet le déploiement permanent de forces américaines. Enfin, la « diplomatie du dollar » permet le contrôle américain sur les finances de plusieurs états (Honduras, Nicaragua, République dominicaine, Haïti).
En 1890, la fin du front de colonisation est proclamée. Les Américains, absorbés par ces conquêtes et leur développement industriel n’ont pas encore les forces des grandes puissances. C’est à partir de ce moment qu’ils construisent un appareil militaire, se dotent de bases, par exemple à Pearl Harbour et engagent des guerres pour s’assurer un contrôle complet du continent, notamment de la mer des caraïbes. Celle de 1898 contre l’Espagne permet l’occupation de Cuba, des Philippines et de Porto Rico, qui sera annexé par les USA. Et les conquêtes dans le Pacifique commencent, Hawai, les Samoa.
En 1904, alors que les créanciers européens menacent d’intervenir en Amérique latine pour recouvrer leurs créances, les États-Unis ajoutent à la doctrine le « corollaire Roosevelt » selon lequel les États unis, nation civilisée, peuvent exercer une action de police internationale pour maintenir l’ordre et protéger leurs intérêts. Il justifiera des dizaines d’interventions armées au Venezuela, en République dominicaine, en Colombie, au Guatemala, à Cuba, au Nicaragua, au Honduras et à Haïti.
A l’issue des deux guerres mondiales, les États-Unis dominent le monde, étendent leur contrôle, engagent la guerre froide contre le bloc soviétique. A leurs premiers échecs, la révolution cubaine de 1959, la défaite au Vietnam de 1975, succède le retour du capitalisme en Europe de l’est et en Chine, ouvrant une nouvelle page de l’histoire .
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