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Bismarck prend l’initiative d’une conférence sur le sort de l’Afrique à Berlin au moment où les puissances européennes qui se sont longtemps contentées de comptoirs commerciaux veulent s’approprier des richesses du continent découvertes au cours du siècle, comme les mines de diamant du Transvaal. En intensifiant les pénétrations dans l’intérieur du continent, des tensions se créent entre les différents pays colonisateurs qu’il faut gérer.
A l’ouverture de la conférence, le partage de l’Afrique est commencé.
La France est maîtresse de l’Algérie au terme d’une conquête qui a coûté la vie à plus d’un quart de la population, et elle occupe la Tunisie, les parties littorales du Sénégal, de la Guinée et cherche à conquérir les territoires de l’actuel Congo. La Grande Bretagne s’est emparée de l’Égypte, du Soudan et du Somaliland. L’Allemagne vient de prendre possession du Togo, du Cameroun, de l’actuelle Namibie et d’une zone comprenant les actuels Rwanda, Burundi et une partie de la Tanzanie.
La concurrence fait rage dans le bassin du Congo, car la Belgique, la France qui a fondé Brazzaville, le Portugal et le Royaume-Uni s’intéressent à la région. Des expéditions d’explorateurs se multiplient, qui précédent la présence militaire, comme celles de Stanley ou de Brazza.
Les peuples et les rois africains sont tenus à l’écart de toutes les discussions des quatorze puissances présentes à la Conférence : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Empire Ottoman, Espagne, États Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Russie et Suède qui entérinent le principe d’une occupation coloniale du continent africain afin de le « civiliser ».
Les États Unis sont là pour vérifier que le projet de Monroe du retour des esclaves en Afrique dans le territoire baptisé par les occupants américains Libéria, devenu état indépendant à la capitale baptisée Monrovia en son honneur, pourra trouver application. Et eux qui sont en train de prendre le contrôle de l’Amérique latine se permettent d’insister pour que les Européens obtiennent en Afrique « le consentement des indigènes »
La Conférence organise la liberté de navigation et de commerce sur les fleuves du Congo et du Niger, fixe les frontières du Congo ; le roi belge Léopold II reçoit, à titre personnel, le territoire qui deviendra la Congo, à la France revient le Congo-Brazzaville et la partie intérieure du Niger dont le delta est contrôlé par le Royaume Uni.
La conférence de Berlin rappelle l’interdiction de l’esclavage et de la traite négrière, ce qui n’empêchera pas les colonisateurs d’imposer partout le travail forcé.
Elle prévoit également que soient protégées « les institutions, et entreprises religieuses, scientifiques ou charitables … tendant à instruire les indigènes et à leur faire comprendre et apprécier les avantages de la civilisation », qui vont chercher à détruire les civilisations africaines, ainsi que la protection de tous « les missionnaires chrétiens, les savants, les explorateurs, leurs escortes, avoirs et collections », c’est-à-dire la spoliation des œuvres africaines toujours présente, actuellement 90 % du patrimoine africain est encore dans les musées européens.
Mais son principal résultat est la formalisation des règles officielles de colonisation, qu’on peut résumer ainsi : toute puissance européenne installée sur la côte peut étendre sa domination vers l’intérieur jusqu’à rencontrer une « sphère d’influence » voisine. L’annexion n’est possible que par l’occupation effective du terrain et l’existence de traités conclus avec les populations indigènes qui doivent être notifiés aux autres nations colonisatrices.
L’impact direct sur l’Afrique est son dépeçage par les puissances au travers d’une vague de signatures de traités, des centaines de documents imposés, extorqués qui sont censés prouver l’« occupation effective » des zones revendiquées.
En 1900, quinze ans plus tard, toute l’Afrique, à l’exception du Maroc, de l’Éthiopie et du Liberia, est partagée entre les puissances européennes. Les frontières des empires coloniaux aux découpages souvent arbitraires sont fixées, elles constituent l’héritage que trouvent les pays africains à leur accession à l’indépendance, au début des années soixante.
Les images d’illustration de l’épisode sont générées par un modèle de langage.




