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La défense du commerce de l’opium par les puissances impérialistes en Chine est passée dans l’histoire sous l’appellation plus neutre de «guerres de l’Opium». De quoi s’agit-il ?
Au 18ème siècle, la Chine est au fermée au libre commerce avec les européens, les empereurs n’acceptant que quelques comptoirs marchands à Canton. L’État chinois fixe les prix et volumes des marchandises, et interdit dès 1730 l’importation d’opium, qui n’est pas produit en Chine et n’est consommé qu’a des fins médicales. Ce système permet à la Chine vendre deux fois plus qu’elle n’achète, notamment grâce au thé qu’elle est seule à produire.
Cette situation ne convient pas aux puissances impérialistes, qui veulent imposer le «libre-échange» pour conquérir cet immense marché. Au début des années 1820, ils réussissent à inverser la balance commerciale grâce à l’importation massive d’opium en contrebande par des navires anglais et américains, sous une forme qui permet de le fumer. Cet opium provient des plantations britanniques du Bengale, en Inde. L’usage massif de l’opium au cours du siècle par les notables, fonctionnaires et militaires chinois affecte jusqu’au fonctionnement de l’appareil d’État et épuise l’économie. Le pouvoir impérial chinois réagit, interdit le trafic dans ses ports, emprisonne quelques négociants européens.
L’impérialisme britannique ne pouvait supporter un tel acte d’indépendance. Il organise en 1841 une expédition militaire qui conquiert Canton, Shanghai, Xiamen, Hangzhou et Nankin, à l’issue de laquelle il impose un traité colonial, une amende de 21 millions de dollars de dédommagement pour cette guerre, l’ouverture de cinq ports, des tarifs douaniers diminués à 5 %, la cession de Hong Kong à la Grande-Bretagne pour 99 ans et la liberté de fait du commerce de l’opium.
Les Français veulent profiter de cette aubaine, car ils ont commencé à développer la culture du pavot dans leurs colonies en Indochine.
Pour augmenter la présence coloniale, une deuxième expédition est organisée en 1858. Une armada franco-anglaise de dizaines de bateaux et près de 20 000 soldats attaque la Chine du Nord. Ils encerclent Pékin, pillent et incendient le palais d’Été. Les agresseurs imposent de nouveaux traités, appelés par les chinois « traités inégaux», qui une nouvelle fois font payer le coût de la guerre par l’agressé, légalisent le commerce de l’opium, créent de nouvelles concessions administrées par les colonisateurs, il y a 23 concessions dans dix villes attribuées à 9 puissances coloniales, Grande Bretagne, France, Japon, Italie, Allemagne, Russie, Belgique, Autriche Hongrie, États Unis … certaines dureront jusqu’à la révolution chinoise, ils plafonnent les taxes à 2,5%, et autorisent le commerce ailleurs en Chine. Tous ces avantages écrasent l’industrie chinoise naissante.
Les Français s’installent dans leurs «concessions», et font inscrire dans le traité l’autorisation d’emmener de la main-d’œuvre chinoise pour remplacer les esclaves récemment affranchis dans les colonies d’Amérique et de La Réunion, qui servira durant la guerre de 1914-1918, pour importer des milliers de travailleurs chinois dans les industries de guerre.
Le commerce de l’opium prospère, jusqu’à représenter près de 40% des importations chinoises auxquelles s’ajoutent le développement de la culture de pavot en Chine. En 1905, on estime que 10% des hommes adultes sont opiomanes.
La France joue un rôle important dans ce commerce, au travers de la Régie de l’opium créée dès 1888 au Vietnam. Tout ce qui concerne l’opium cultivé en Indochine, au Laos et dans les montagnes du Nord Vietnam devient le monopole de l’État français : achat, production et vente sont confiés à l’administration des douanes. Les recettes représentent jusqu’à 25% du budget de la colonie jusqu’en 1920, placées à la Banque d’Indochine. Une manufacture est créée à Saigon, où travaillaient 200 Vietnamiens et quelques dizaines d’européens, qui transforme l’opium brut en produit directement consommable, conditionné dans des boîtes serties précisant leur origine. Cette manufacture d’opium de Saigon a même été représentée par une maquette à l’exposition coloniale de Marseille de 1906.
Sa production cessera officiellement en 1945.




