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Le Creusot, c’est l’histoire de la mine et de la métallurgie moderne, 1500 ouvriers à la fin du 18ème siècle, 10 000 à la fin du 19ème, la plus grande usine du pays. De 1836 à 1960, c’est le règne économique et politique de la famille Schneider.
Au 19ème siècle, les conditions sont dures, l’âge moyen est de 24 ans pour 33 ans à Paris ! Le patron considère la population ouvrière immorale par nature, tout salaire en dessus du strict minimum est donc « le budget du vice ». En échange de l’obéissance, le paternalisme offre les logements, soins, écoles, églises. On est licencié pour toutes sortes de raisons, les récalcitrants quittent la ville tout simplement.
Avant 1870, il y a déjà eu des affrontements avec les organisations ouvrières, notamment après la révolution de 1848, qui a permis l’obtention d’avantages balayés dès le reflux politique. La tentative de riposte en 1850 est vite brisée par l’intervention de l’armée. Mais cela n’élimine pas la résistance politique, en 1869, le candidat républicain obtient lors des élections 800 voix contre Schneider qui renvoie 200 ouvriers suspectés d’avoir voté contre lui !
Après la victoire des bronziers de Paris en 1867, il y a une vague de grèves en France. Au Creusot, les ouvriers revendiquent la gestion de la caisse de secours, financée par une retenue de 2,5 % sur les salaires, entièrement gérée par Schneider. Le patron organise un référendum qu’il perd. Les ouvriers élisent trois ouvriers pour transformer la Caisse de secours en Société de secours mutuels, ils sont immédiatement licenciés. Les métallurgistes se mettent en grève, élisent des délégués pour conduire le mouvement, mais sont vite arrêtés par l’envoi de 3000 soldats.
La direction diminue les salaires pour rattraper le profit perdu pendant cette grève. 1500 mineurs cessent le travail, bientôt suivis par tous. Schneider reçoit aussitôt trois régiments, les arrestations de grévistes commencent, qui démantèlent le comité de grève élu. Un ouvrier teinturier membre de l’Internationale, Benoît Malon, prend la direction du mouvement, fait élire un nouveau comité de grève qui formule les revendications salariales et deux exigences, la libération des emprisonnés et la gérance de la caisse de secours par les ouvriers. Les grévistes sont soutenus par les femmes qui incitent les quelques non-grévistes à cesser le travail. En bloquant les trains, déposant les enfants devant les gendarmes, elles imposent la libération de celles d’entre elles qui ont été arrêtées. La grève prend une ampleur nationale : des souscriptions arrivent via l’Internationale de toute la France.
La Justice cherche à écraser la lutte. Le 7 avril, lors du procès de 25 grévistes le procureur déclare que cette lutte contre « cette admirable administration qui a fait du Creusot un lieu de bien-être, une école de science et de moralité » menace la société. En appel, le Procureur général en rajoute : » l’avocat des accusés a parlé de féodalité et d’oppression du travail par le capital, d’exploitation de l’homme par l’homme : ce sont là des vieilleries… Le Creusot est le centre ouvrier le plus heureux. … Ce n’est pas une grève de la population mais de ces mauvais ouvriers, bataillon sacré de l’émeute… Accusés… vous êtes les instruments de l’émeute, vous avez attaqué la propriété, vous êtes les soldats de la Révolution ! Pas de pitié pour ces oppresseurs… ». Les 25 grévistes vont cumuler 298 mois de prison.
Le jugement consterne les quartiers ouvriers, anéantit la capacité de lutte, peu à peu, les uns reprennent le travail, d’autres quittent la ville. La direction de l’entreprise décide une centaine de renvois, rappelons que jusqu’à la seconde guerre mondiale, la grève n’est plus illégale, mais reste un motif légitime de licenciement.
Le 15 avril, le Comité de grève déclare « Après 23 jours d’une lutte inégale, nous sommes vaincus. Nous vous invitons donc à retourner dans les puits. ..Notre cause a soulevé des sympathies universelles ; nous en sommes fiers et le cas échéant nous saurons nous aussi pratiquer la fraternité ouvrière. En attendant, nous proclamons hautement notre adhésion à la grande Association Internationale des Travailleurs, cette sublime franc-maçonnerie de tous les prolétaires du monde, cet espoir de l’avenir d’égalité« .




