La solidarité internationale avec les bronziers en 1867

La solidarité internationale avec les bronziers en 1867

En ce milieu du 19ème siècle, le secteur du bronze emploie à Paris 6 000 ouvriers, ciseleurs, tourneurs et monteurs qui travaillent dans 200 « maisons ». Cette production noble les place au rang d’artistes, ils sont l’aristocratie ouvrière. Si leur labeur est des plus pénibles, leur salaire est supérieur à la moyenne et leur journée de travail n’excède pas les 12 heures. Ils ont également une vieille tradition d’organisation ouvrière, avec des associations de production, des sociétés de secours mutuels (Le Bon Accord et de L’Espérance), et un proto syndicat, la Société des ouvriers en bronze.

Au début de l’année 1867, un conflit sur les salaires va prendre une ampleur nouvelle pour l’époque.

Si la grève n’est plus un délit depuis 1864, trois ans avant, elle est marginale, pas encore entrée dans les traditions de lutte, d’autant que la mémoire de la violence de la répression de juin 48 (5000 morts, 25 000 arrestations) est toujours là.

Vingt-deux ouvriers de la société Barbedienne, l’étendard du bronze parisien, reçoivent l’ordre de quitter la Société des ouvriers en bronze, qu’elle estime responsable de ces exigences salariales. La Société ouvrière décide alors l’interdiction de travailler pour cette entreprise, et les patrons répliquent par le lock-out de toutes leurs maisons à partir du 25 février.

3000 ouvriers du bronze réunis refusent de céder à l’objectif patronal : la dissolution de la Société des ouvriers du bronze qui est la seule garantie des ouvriers pour la défense de leur salaire. Ils sont soutenus par les autres corporations ouvrières, et commencent alors une grève qui va être décisive à un double titre dans l’histoire des luttes ouvrières en Europe.

Elle va provoquer une évolution majeure chez les animateurs de cette Société des ouvriers en bronze, tous membres de la première internationale, l’AIT crée en 1864. Les plus connus sont Zéphirin Camélinat, Albert Thiez et Tolain. Ce sont des mutuellistes comme on disait à l’époque, des coopérateurs qui voient le salut, la liberté par la généralisation de coopératives, grâce au crédit gratuit, et des échanges égalitaires entre ouvriers. Il n’est pas question ni de grève ni de révolution dans ce projet.

Et pourtant ils vont s’engager avec détermination dans la grève qui va durer six semaines et résonner rapidement dans toute la France. Pour aider les grévistes à tenir, il vont faire appel à la solidarité de l’AIT. Une délégation est envoyée le 10 mars à Londres pour solliciter le soutien financier des travailleurs anglais. Le Conseil syndical de Londres adopte un appel solennel “.. après examen complet de tous les faits et circonstances se rattachant à la grève des ouvriers de Paris, nous avons accordé à l’unanimité la lettre de créance nécessaire aux délégués pour présenter leur demande d’appui moral et matériel à toutes les sociétés ouvrières d’Angleterre. »

L’annonce du soutien de l’Internationale modifie entièrement la situation.

La délégation rentre à Paris et peut présenter aux 5 000 bronziers massés dans une salle de Ménilmontant une liasse de billets de mille francs qui concrétise l’aide apportée par les travailleurs anglais. Plus encore que l’apport financier, cette solidarité internationale suscite l’enthousiasme et renforce la détermination ouvrière, les bronziers à ce moment cristallisent le combat de l’ensemble du monde du travail contre le patronat.

Du côté patronal, c’est la débandade, la coalition ne peut plus se maintenir, le lock-out s’effondre. Ils acceptent séparément la révision des tarifs. La grève s’achève définitivement le 24 mars par la victoire des bronziers, une augmentation moyenne de salaire de 25 % et surtout le maintien de la Société des ouvriers en bronze.

Par son intervention dans le conflit, l’AIT propulse alors la grève dans une ère nouvelle, celle de la solidarité internationale. Le succès des bronziers inaugure une véritable épidémie de grèves qui, de 1867 à 1870, va modifier l’Internationale en France. La génération militante née de cette expérience met en place un Pacte fédératif des sociétés ouvrières de Paris qui la transforme en un véritable outil de la transformation sociale et politique.