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Berta Caceres est une militante indigène membre de la communauté Lenca du Honduras, écologiste et féministe, assassinée le 3 mars 2016 par les hommes de main des multinationales.
Elle a joué un rôle important dans la lutte pour la reconnaissance des droits territoriaux et culturels des peuples autochtones, dans la lutte pour la justice sociale et environnementale, la santé, la terre, et contre le patriarcat et la violence. Opposée à l’installation de bases militaires nord-américaines sur le territoire Lenca, elle est surtout connue pour son implication dans la résistance aux méga-projets miniers et aux grands barrages hydroélectriques qui ont un impact dévastateur sur les écosystèmes fragiles.
Au Honduras, l’État veut développer l’énergie hydroélectrique et l’extraction minière avec le secteur privé, sans tenir compte des populations locales, qui tentent de défendre leurs droits sur les terres et la protection de l’environnement. Des centaines de projets hydroélectriques et miniers sont en discussion, des dizaines de contrats ont été signés. Le coup d’État de 2009 a systématisé la violence au service des multinationales, facilité le pillage des terres et la répression des mouvements d’opposition, et a permis la refonte des règles d’attribution des concessions notamment dans des zones protégées. L’état octroie des terres sans tenir compte des dégâts engendrés tout en permettant aux politiques locaux et aux investisseurs étrangers de faire de juteux profits. Ces choix provoquent des flambées de violence dans ces zones, les promoteurs divisent les populations locales, offrant du travail et de l’argent aux uns, tout en persécutant et menaçant celles et ceux qui s’opposent. Les tensions sont très fortes entre les opposant·es, les industriels et les habitant·es des régions en conflit. Ceux qui résistent sont persécuté·es et constamment menacé·es, et dans le pire des cas assassiné·es.
Berta Caceres était la dirigeante du COPINH Conseil citoyen des organisations des peuples amérindiens du Honduras, une organisation fondée en 1993 pour résister aux projets d’exploitation minière et de barrages qui menacent l’environnement et les populations locales.
Elle était militante active de la lutte du peuple Lenca contre la violation de son droit à l’eau comme source de vie et de culture, pour la défense de ses droits fonciers, son territoire étant menacé par la construction d’un projet hydroélectrique par une multinationale chinoise et une entreprise hondurienne DESA.
A partir de 2006, la lutte contre le barrage se tend, les harcèlements des entreprises, des paramilitaires et du gouvernement s’amplifient. En 2009, en plein coup d’état, la commission inter-américaine des droits de l’homme lui sauve la vie, en intervenant juste à temps alors que des militaires encerclent sa maison. Les militants de l’association sont régulièrement ciblés par des menaces de mort et sujets à la répression. Par trois fois en novembre 2015, on tire sur Berta Caceres alors qu’elle circulait dans un véhicule du COPINH, elle recevait des menaces d’enlèvement et des menaces visant ses enfants.
Cette violence extractiviste a coûté la vie à dizaines de militant·es, on en décompte 111 entre 2002 et 2014, mais combien ne sont pas comptabilisés ? S’ajoutent les centaines de procès intentés à des écologistes. Plus de 90% des assassinats et violations des droits des défenseurs des droits humains au Honduras restent non résolus, ce qui démontre la complicité du gouvernement et l’impunité des grandes entreprises minières et hydroélectriques.
Après son assassinat, les intimidations ont continué contre des membres de sa famille et du COPINH. Le 15 avril, des hommes armés attaquent un rassemblement international des peuples autochtones. Il faut l’intervention des participants internationaux pour que les policiers présents escortent les membres du COPINH et d’autres organisations hors de la zone.
Sept personnes de la société DESA qui construisait le barrage et trois membres des services de renseignement de l’armée seront condamnés de trente à cinquante ans de prison pour ce meurtre, et en 2021, la culpabilité du dirigeant de la société d’hydroélectricité qui projetait la construction du barrage sera reconnue.
Le meurtre tragique de Berta Cáceres illustre la situation des militant·es au Honduras : si votre travail en faveur des droits humains dérange le pouvoir, vous serez tué.




