L’agent orange, un défoliant comme arme de destruction massive

L’agent orange, un défoliant comme arme de destruction massive

L’« agent orange » est un herbicide utilisé par les britanniques entre 1952 et 1954 contre l’insurrection indépendantiste dirigée par les communistes en Malaisie, puis massivement par l’armée américaine en Indochine, particulièrement au Vietnam pendant 10 ans, entre 1961 et 1971.
Il était répandu par avion pour détruire la jungle, les mangroves où se cachaient les combattants vietcongs et anéantir les récoltes. Au total, 80 millions de litres de produits chimiques ont été déversés par l’armée des États-Unis dont 61 % d’agent orange.

Ce produit est un mélange d’herbicides découverts dans les années 40, et largement utilisés aussi bien aux États-Unis qu’en URSS. Dans les années 50, des recherches ont pour but d’en faire une arme biologique, avec des expérimentations sur des prisonniers. Il sera spécialement fabriqué pour les opérations militaires par Monsanto et Dow Chemical entre autres, à des concentrations 13 fois supérieures à celles de l’agriculture.

Sa dangerosité est très vite admise à la fin des années 60. Dès avril 1970, sont interdits tant les épandages aux États-Unis pour un usage agricole, que l’utilisation par les forces américaines au Vietnam.

En raison de la présence de dioxine, les effets de l’agent orange sont terribles. La dioxine est une substance cancérigène, qui produit des malformations chez les nouveau-nés, provoque des maladies de peau et porte atteinte aux systèmes immunitaire, reproductif et nerveux. Cette molécule très stable tend à rester dans l’environnement, dans les sols et les sédiments, son accumulation provoque des concentrations dans les graisses animales, qui contaminent la chaîne alimentaire. Elle reste stockée dans les organismes longtemps et se transmet de génération en génération.

On estime qu’entre 2,1 et 4,8 millions de Vietnamien·nes ont été directement exposé·es, occasionnant des cancers, des fausses couches, des malformations à la naissance, des années après la fin de la guerre en 1975, auxquel·les il faut ajouter des Cambodgien·nes, des Laotien·nes, des civils et militaires étasuniens. La Croix-Rouge estime qu’un million de personnes sont handicapées ou ont des problèmes de santé à cause de l’agent orange. Les effets de l’intoxication se font toujours ressentir aujourd’hui, jusqu’à la quatrième génération : au moins 100 000 enfants sont toujours atteints d’anomalies congénitales sérieuses au Vietnam.

Aux États-Unis, 40 000 des 68 000  victimes militaires sont indemnisées. Les sept producteurs ont été condamnés à verser 180 millions de dollars à un fonds de compensation et ont signé un accord à l’amiable avec les associations de vétérans en échange de l’arrêt de toute poursuite.

Mais rien pour les victimes vietnamiennes, alors que les procès contre l’« agent orange » s’accumulent.

Une plainte lancée en2004 par une Association de victimes contre onze fabricants pour crime contre l’humanité et crime de guerre, qui s’appuyait sur le protocole de Genève de 1925 qui interdit l’usage d’armes chimiques a été rejetée, le juge ayant conclu de manière scandaleuse qu’un herbicide n’était pas un poison au regard du droit international !

D’autres procédures sont engagées pour des réparations, tant en France qu’aux États Unis pour que soient reconnu·es les victimes et condamnées les producteurs. Le 22 août dernier, la Cour d’Appel de Paris a rejeté l’appel de Tran To Nga, victime de l’agent orange face à 14 multinationales agrochimiques, confirmant l’argument qu’elles étaient obligées d’obéir à l’état américain. Comble de l’ironie, Nga doit verser 1500 euros à chacune des entreprises.

Ces procès représentent bien plus qu’une somme de combats individuels : obtenir gain de cause c’est affirmer leur responsabilité dans l’atteinte à la vie des personnes et de l’environnement, c’est aussi condamner un écocide, cette destruction permanente et irrémédiable d’un écosystème commise délibérément . Selon l’Unesco, ces épandages ont touché 20% de la superficie du sud du pays, détruit plus de 40 % des terres agricoles, et 20 % de l’ensemble des forêts et mangroves. Le désastre environnemental de cet épandage n’est plus à prouver.