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ExxonMobil, la société pétrolière et gazière américaine bien connue, qui dispute à Shell le rang de première firme pétrolière mondiale, engrange des bénéfices à la mesure de sa capitalisation boursière. Elle est aussi l’une des principales entreprises émettrices de gaz à effet de serre dans le secteur des hydrocarbures, une étude de 2019 la classe comme la quatrième entreprise la plus émettrice de Gaz à Effet de Serre du monde depuis 1965. Elle est également responsable de nombreuses marées noires, dont la plus importante et la plus notable est celle de l’Exxon Valdez en Alaska.
Bien loin de se préoccuper des effets dramatiques de sa production pour les conditions de vie de l’humanité sur la planète, elle finance un nombre important de chercheurs pour défendre la thèse d’un réchauffement naturel du climat et contrer les mesures de lutte contre le réchauffement climatique. Elle est un des animateurs d’un groupe de pression qui ne nie pas l’existence d’un changement climatique, mais affirme qu’il n’est pas dû aux émissions excessives de CO2 dues à la combustion d’énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon, etc.)
Le cynisme de ces entreprises capitalistes qui défendent leurs profits contre et aux dépends du reste du monde a été brutalement révélé en 2015 lorsqu’un journal environnemental en ligne américain publie des documents internes d’Exxon établissant que dès la fin des années 1970, l’entreprise avait lancé des programmes de recherche sur les impacts possibles du changement climatique sur son activité, et qu’elle disposait de projections fiables sur les effets climatiques prévisibles de la combustion des ressources fossiles. Un mémo de 1979 expliquait par exemple que la tendance actuelle pourrait causer des effets environnementaux dramatiques avant 2050. Dix ans avant, Esso, l’ancêtre d’Exxon, avait déposé des brevets pour des moteurs électriques et des systèmes réduisant les émissions de CO2 des véhicules automobiles. Ces efforts sont abandonnés dans les années 1980, car ils risquaient de détruire la prospérité de l’entreprise basée sur la consommation massive d’énergies fossiles. Ses dirigeants ont alors opté, comme toute l’industrie pétrolière, pour une stratégie de déni de la crise climatique et de ses implications. Exxon s’oppose au Protocole de Kyoto et est l’un des principaux artisans de sa non-ratification par les États-Unis. Le PDG affirme à cette occasion exactement l’inverse de ce que contiennent tous les rapports internes, car il se refuse « à plonger les économies dans la tourmente ». Ce sont surtout ses profits qui risquaient d’être atteints !
La compagnie réagit à la publication de ces informations en affirmant qu’elles sont fausses, et que quiconque se plongeant dans le sujet peut le vérifier. Deux chercheurs les prennent au mot, et publient leurs résultats en 2017, à partir de 187 documents publics ou internes disponibles provenant d’Exxon, écrits entre 1989 et 2014. Le résultat est sans appel, 80 % des documents scientifiques et internes reconnaissent dès 1979 que le réchauffement climatique est « réel, causé par l’homme, sérieux et soluble ».
Iels montrent que durant cette période, Exxon a cherché à tromper le public et ses actionnaires sur les causes et risques du dérèglement climatique, le groupe finançant des publicités, des articles, des publireportages exprimant le doute quant à la réalité du changement climatique. Il finance des organismes qui contestent les résultats des recherches climatiques. L’un d’eux affirme que le changement climatique créerait « un monde plus doux, plus vert et plus prospère », diffame le GIEC et nie ses conclusions ratifiées par 195 états.
Par exemple en 2007, le quotidien britannique The Gardian dénonce ExxonMobil, qui, au travers d’un cercle de réflexion qu’il finance, a proposé une enveloppe de 10 000 dollars à un ensemble de scientifiques pour écrire des articles contredisant les résultats du quatrième rapport du GIEC en cours d’achèvement, au moment où est annoncé pour l’exercice 2006 un bénéfice record de 39,5 milliards de dollars ! La compagnie dépense chaque année en moyenne 41 millions de dollars en lobbying pour bloquer les mesures de lutte contre le réchauffement climatique, une goutte d’eau au regard de ses bénéfices.
Décidément, lutte contre le dérèglement climatique et capitalisme sont bien incompatibles !




