Le mouvement chipko andolan contre la déforestation en Inde

Le mouvement chipko andolan contre la déforestation en Inde

Ce mouvement est né dans les régions himalayennes de l’Inde, à la suite d’une décision gouvernementale d’étendre l’exploitation forestière commerciale intensive.

Avec la multiplication des scieries et l’extension de l’exploitation des forêts, les communautés locales ont vite pris conscience des effets néfastes de la disparition des arbres indigènes et leur remplacement par des plantations de pins. Elles provoquaient des inondations et l’érosion des sols, cela au détriment des activités économiques traditionnelles, comme l’agriculture et l’élevage. Car la déforestation perturbe le délicat équilibre des écosystèmes, atteint les moyens de subsistance de ces communautés locales, auxquelles la forêt fournit des ressources essentielles, pour la construction, le chauffage, les plantes médicinales et les pâturages pour le bétail. Ce déséquilibre écologique touchait surtout sur les femmes, qui se chargent de 98 % des activités agricoles.

C’est dans ce contexte de crise environnementale qu’est né le mouvement Chipko Andolan.

Un mouvement populaire dirigé par les villageois·es locaux, très marqué par la non violence de Gandhi, dans lequel il n’y a pas de hiérarchie, même si des porte paroles célèbres le soutiennent. Il se réfère pour ses modes d’actions à une mobilisation ancienne de la communauté Bishnoi menée par une femme, survenue en 1720, 84 villages du Rajasthan s’étaient opposés à la disparition des arbres sacrés, les femmes les enlaçant pour interdire leur abattage. Des centaines de villageois et villageoises y ont perdu la vie, mais l’abattage des arbres de tous les villages Bishnoï finit par être interdit par les potentats locaux.

La première action du mouvement Chipko Andolan a lieu en avril 1973, les habitant·es du village de Mandal pénètrent dans les forêts au son des tambours pour empêcher l’abattage de 300 frênes, les femmes serrent les arbres dans leurs bras pour empêcher le travail des tronçonneuses … avec succès. Les actions du mouvement vont se multiplier durant les cinq années suivantes, s’étendre dans de nombreux districts himalayens puis dans d’autres états de l’Union fédérale Indienne. En 1974, des milliers de personnes se rassemblent pour une grande manifestation contre les politiques capitalistes d’exploitation forestière et de déforestation. Le mouvement défend des revendications à l’échelle de l’Inde, finit par imposer des lois reconnaissant les droits des communautés qui dépendent des forêts et même dans les années 1980 un moratoire de 15 ans sur l’abattage dans plusieurs états du pays.

Si l’objectif initial du mouvement est de protéger les forêts contre les coupes aveugles et la déforestation, son approche est rapidement devenue plus globale. Les forêts sont défendues en tant que moyens de subsistance, mais également en raison de leur importance écologique et du bien-être à long terme des communautés. Le Chipko Andolan est une protestation environnementale qui exprime une relation profonde entre les humains et la nature, en prenant en compte l’interdépendance des communautés et des forêts, le bien-être de l’une dépend de l’autre.

Dans cette mobilisation, les femmes ont souvent fait face à leurs propres maris, embauchés dans les entreprises de déboisement. Face aux enjeux économiques de l’abatage industriel, les femmes scandaient en cœur : «Ce que donnent les forêts? Elles donnent de l’eau, de la terre et de l’air pur. Elles nourrissent la Terre et tout ce qu’elle donne», elles s’opposaient à la destruction de ce qu’elles appellent la « Terre Mère ».

Cette radicalisation a eu comme effet à long terme le développement de coopératives de femmes qui promeuvent des pratiques de subsistance durables, qui permettent leur autonomie grâce aux revenus tirés de l’apiculture et de l’artisanat.

Leur combat pour la libération des femmes ne consiste pas uniquement à se libérer de l’oppression dans les sociétés patriarcales, elle consiste aussi à libérer toute la société, les hommes et les femmes de la logique économique de domination et d’exploitation illimitée et irrationnelle de la nature par le capital.