1977 : Un mort à la manifestation contre Malville

1977 : Un mort à la manifestation contre Malville

Cet insecticide créé en 1952 pour tuer les insectes, leurs larves ou leurs œufs a été utilisé contre les fourmis, les cafards, les vers des pommes de terre, et aux Antilles contre le charançon, dont les larves mangent les racines des bananiers.

Dès 1963, sa toxicité est démontrée chez la souris. En 1968, sa mise sur le marché est refusée en France, mais en 1972 sa vente est autorisée « provisoirement », situation qui va durer plus de 20 ans !

Pourtant dès les années 1970, les ouvriers et les ouvrières de la banane se plaignent de ses effets. La grève de 1974 en Martinique revendiquait entre autres la suppression totale des produits toxiques, elle est violemment réprimée : deux morts parmi les grévistes.

En 1975, une centaine d’ouvrières et d’ouvriers de l’usine de production des États-Unis sont intoxiqué·es, victimes de troubles neurologiques. La production et l’utilisation vont être interdites aux États-Unis, puis en Allemagne en 1980.

Et la France continue à l’autoriser alors que les rapports scientifiques démontrant sa toxicité se multiplient, avec une entourloupe en 1981, la validation d’une autre formulation à base de chlordécone réservée à la banane. Il n’est plus utilisé en France pour les pommes de terre, mais toujours aux Antilles pour la banane, pour deux raisons. D’abord parce qu’il ne laisse pas de trace dans la chair, et donc les bananes peuvent être consommées sans risque. Ensuite parce qu’il est fabriqué en France et commercialisé par une société béké, ces blancs descendant des esclavagistes qui dominent toujours le commerce.

Cette autorisation meurtrière est simplement coloniale.

Il faudra attendre 1990 pour qu’il soit interdit. Mais il continuera d’être utilisé, les gouvernements prolongeant à titre dérogatoire son utilisation. Dix ans après, en 2002, les collectes de produits phytosanitaires ont permis de récupérer dix tonnes en Martinique et trois en Guadeloupe.

Car les bananeraies antillaises conçues pour les échanges coloniaux avec la France ont généralisé une variété en monoculture intensive, qui la rend très vulnérable.

Les effets cumulés de ces politiques coloniales sont dramatiques aux Antilles, où un sixième de la production mondiale de chlordécone a été répandu sur les bananeraies !

Or le chlordécone reste dans les sols, les végétaux, s’accumule dans les organismes via les chaînes alimentaires, en particulier dans les milieux aquatiques. Par exemple, la concentration est, suivant les espèces, de 2 000 à 60 000 fois plus importante chez les poissons que dans l’eau. C’est une molécule très stable, ce qui rend son élimination très difficile, il faut un siècle pour que sa concentration diminue par 10. Il faudra donc plusieurs siècles pour l’éliminer.

On en trouve des traces dans le plasma de 90 % des Martiniquais·es et des Guadeloupéen·nes, avec un risque accru de cancer de la prostate. Il a été détecté chez 40 % des femmes antillaises qui allaitent, or on sait que l’exposition pré ou post-natale a des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons.

Le pouvoir colonial français a refusé de mettre en place un suivi médical des employé.es des bananeraies, des personnes habitant à proximité des cultures, des mesures du degré de pollution des terres, des eaux, des atteintes à la faune, alors que les études confirment la gravité de la situation.

Sous la pression populaire, l’État a fini par reconnaître en 2021 comme maladie professionnelle les cancers de la prostate des personnes ayant travaillé pendant au moins 10 ans au contact du chlordécone, ce qui permet leur indemnisation. Mais rien pour les autres, et notamment les femmes !

La mobilisation est massive contre l’impunité et pour les réparations, la dépollution des milieux, la détoxication des personnes, l’indemnisation, le suivi médical et psychologique. Mais la justice coloniale a pour le moment refusé de sanctionner la chaîne de responsabilités qui a permis ce crime.