Une résistance antinazie internationaliste

Une résistance antinazie internationaliste

Bien des aspects de la résistance populaire durant l’occupation nazie méritent qu’on s’y arrête. Par exemple le travail de fraternisation avec les soldats allemands des militants trotskystes bretons.

Il ne fait pas bon être trotskyste à cette époque, entre la répression des nazis, de la police française, des patrons et des staliniens, la vie ne tient qu’à un fil. Au moment où la résistance dirigée par le parti communiste multiplie des attentats contre les « boches », ils vont organiser la fraternisation entre des soldats de l’armée d’occupation et les ouvriers français. Convaincus que la guerre allait produire la révolution en Allemagne et en Europe, comme en 1918, il ne s’agissait pas pour eux de lutter contre le peuple allemand, mais contre les nazis sous l’uniforme, et avec le peuple allemand pour vaincre par la mobilisation cet état fasciste et les capitalistes.

A Brest, qui concentre des centaines d’ouvriers français en travail forcé pour construire un gigantesque port de guerre et des troupes allemandes stationnées sur place pendant des mois, un groupe de soldats allemands va se développer à partir de1943, après la défaite nazie à Stalingrad et les avancées des troupes alliées, montrant que la Wehrmacht n’était pas un corps monolithique, fanatisé jusqu’au dernier homme de troupe.

Le groupe d’au moins trente soldats se construit à partir de contacts individuels, sur les chantiers par exemple, de discussions avec ceux qui semblent antinazis. Une dizaine d’entre eux se réunissent régulièrement, tous donnent un coup de main, des documents, des papiers, des informations, et acceptent de mettre ici ou là des journaux clandestins, en plus des diffusions par les militants français.

Une feuille rédigée par eux, le Journal pour soldats et ouvriers a l’ouest, imprimée par les français, connaît quatre numéros, distribués à 150/200 exemplaires. Elle explique aux soldats la condition réelle fait aux ouvriers français par les nazis, et surtout s’insurge contre la guerre.
Les courriers des simples soldats montrent qu’ils ne la supportent plus cette guerre, qu’il en veulent en finir avant d’être broyés, comme celui-ci : »je suis pour qu’on en finisse avec cette guerre horrible. Finalement, nous autres, les soldats, nous sommes les premiers a pouvoir faire quelque chose. Je sais ce qu’il faut faire, et vous aussi pouvez le faire. Je ne peux rien faire tout seul, alors vous aussi venez m’aider, venez faire avec nous. »

Dans l’un des numéros un article est titré un gars de Hambourg vous parle ! « Oui, chers camarades du front, il faut en finir avec ces massacres, nous devons nous dire que tout cela est absurde, on nous a fait des promesses, et aucune n’a été tenue jusqu’à aujourd’hui. …. Notre Internationale, elle, s’est donné pour but de rattraper ces messieurs, ces chiens de capitalistes, partout où ils seront, où qu’ils essaient de se réfugier, maintenant ou plus tard. Notre révolution mondiale leur fera vivre un enfer. Dans tous les cas, où qu’ils se cachent, nous les trouverons. Et ils seront liquidés comme ils l’auront mérité. »

Enfin un journal destiné aux soldats allemands «Arbeiter und Soldat »  (Travailleur et soldat) est édité par les trotskystes, l’essentiel des articles étant écrits, à partir des discussions avec les soldats allemands, par un un juif allemand de Berlin, Martin Monath, diffusé de la même manière. Les articles traitent de la révolution allemande de 1918-1923, de la révolution russe de 1917, de la révolution espagnole de 1936-1939 et des enseignements à en tirer.

Nombre d’entre eux ont payé de leur vie cette activité. Environ cinquante soldats allemands et cinquante militants français sont arrêtés en octobre 1943. Plusieurs dizaines d’entre eux sont fusillés, les soldats envoyés sur le front est. Martin Monath, qui échappe à la rafle à Paris, permet la continuation jusqu’à son arrestation et sa mort du journal Arbeiter und Soldat qui sera alors imprimé, destiné à la masse des soldats d’occupation.

Qu’aurait pu produire une telle activité à grande échelle ? La question mérite d’être posée !