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La guerre ne commence en France qu’en mai 1940, avec l’occupation allemande et la séparation en deux zones, au nord la zone allemande, au sud le régime de Vichy.
Dans un pays exsangue, avec huit à dix millions de personnes sur les routes de l’exode, 2 millions de prisonniers, 1 millions de chômeurseuses, travailler, se nourrir, se loger, tout est compliqué. La majorité est soulagée de la fin de la guerre. La résistance dont on parlera après 1945 est longue à se mettre en place. Ce n’est qu’ en juin 1941, après l’invasion de l’URSS par les nazis que le Parti Communiste s’engagera dans la résistance armée. Avant cela, en soutien au pacte germano soviétique, il ne s’attaque pas aux allemands en zone nord, dirige toutes ses critiques contre le régime de Vichy, Pétain et les arrestations dont ses militants sont victimes, puisqu’il est interdit.
Pourtant une poignée d’hommes et de femmes refusent d’abdiquer. Iels organisent des petits réseaux de renseignement en lien avec Londres, des réseaux de personnes de confiance comme l’Organisation civile et militaire, Ceux de la résistance, Combat, Libération, Franc-Tireur, etc,. Au nord, les caractéristiques patriotiques et militaires sont importantes, attirent des conservateurs aux côtés des socialistes et des chrétiens, au Sud la résistance contre Pétain est plus politique et antifasciste. Une résistance intellectuelle permet la parution, d’abord très limitée, d’une presse clandestine.
La résistance d’en bas est embryonnaire, éparse, constituée de réactions spontanées de désobéissance civile. Des condamnations pleuvent contre des actes « anti allemands », des insultes, des agressions, des destructions d’affiches, des papillons et inscriptions antifascistes ; contre la détention d’armes, les coupures de câbles et dès la fin de 1940 les actions de destruction des voies ferrées. Dans les usines, le sabotage prend d’autres formes : disparition de matériel, incendies, freinage de la production, grève du zèle, coulage des cadences, nonchalance et absentéisme au travail.
Le 11 novembre 1940, le réseau du musée de l’homme dépose une gerbe devant la statue de Clemenceau et en fin de journée 3000 jeunes, lycéen-nes, étudiant-es ou jeunes actifs-ves, manifestent sur la place de l’Étoile, devant la tombe du Soldat inconnu. Dans les mines du nord, un arrêt de travail est massif est estimé à 35 % des effectifs.
Ces mines du Nord, ces départements très industrialisés déclarés « zone interdite », sont coupés du reste de la France par la Somme qui constitue une véritable frontière, la résistance y est très puissante, avec un syndicat clandestin, en partie animé par des antifascistes italiens.
En janvier 1941, la décision des nazis d’allonger la journée de travail d’une demi-heure sans augmenter les salaires provoque des débrayages.
Le 1er mai suivant est marqué par des actions spectaculaires des communistes : drapeaux rouges, inscriptions, tracts … pendant qu’un groupe de résistance armée indépendant tue des soldats allemands les 1er et 4 mai.
Puis, contre la vie chère, les pénuries, dans la foulée d’une grève des mineurs et des sidérurgistes belges, la grève commence le 27 mai 1941. Elle va regrouper entre 70 000 et 100 000 grévistes. Le mouvement s’étend à toute la région, dans tous les corons, car les carreaux de mines sont occupés par l’armée allemande.
Les arrestations se multiplient, plus de 200 au 5 juin, 100 de plus le lendemain. Le 7 juin, 15 hommes et femmes sont condamnée.es à des peines de travaux forcés. Dans les jours qui suivent près d’une centaine sont internés ( 9 seront fusillés) et au moins 230 seront déportés en camp de concentration, dont 126 ne reviendront pas. Cette répression vient à bout des grévistes, qui reprennent le travail le 10 juin, ils ont tout de même obtenu une paire d’espadrilles, une veste, une saucisse par semaine et 500g de margarine tous les 15 jours.
Cette grève qui se déroulait dans un pays occupé aura été autant une lutte sociale classique qu’une mobilisation, un défi contre l’occupant, qui a fait perdre 500 000 tonnes de charbon à la machine de guerre allemande.
La violence de la répression a été telle qu’il faudra attendre 1943 pour que les mineurs de cette région trouvent la force de repartir au combat contre l’occupant.




