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On le sait, la conquête des Amériques a été meurtrière, on estime que l’arrivée des colons européens a coûté en un siècle la vie à 56 millions de personnes, plus de 80 % de la population autochtone, soit 10 % de la population mondiale de l’époque !
Mais on parle moins de ce que l’auteur Eduardo Galeano appelle dans son magistral livre « Les veines ouvertes de l’Amérique latine » l’assassinat de la terre.
Cet assassinat de la terre a pris plusieurs formes.
La conquête s’est d’abord concentrée sur les mines d’or et d’argent. Pour extraire ces métaux, les colons ont arraché les indiens à leurs communautés agricoles et les ont acheminé avec leurs femmes et leurs enfants vers les mines qui les tuaient par millions. Ces déplacements de population ont démembré les communautés agricoles, et ruiné l’efficace système collectif de cultures mis en place au cours des siècles.
Par exemple sur la côte pacifique d’immenses cultures de maïs, de manioc, de haricots, d’arachides, de patates douces ont disparu, soit par destruction délibérée soit du fait de l’absence des paysans. Ces étendues rendues fertiles par l’irrigation Incas, sont devenues des déserts.
Puis les colonisateurs, espagnols, portugais, français, anglais, hollandais ont commencé à imposer des plantations destinées à leurs besoins commerciaux. Dès son deuxième voyage, Christophe Colomb a importé des rhizomes de canne à sucre, jusqu’alors cultivée en Sicile et à Madère, où sa culture avait provoqué la destruction d’une grande partie de la flore et des plantations vivrières de d’île,.
Il se vendait à prix d’or, au gramme en pharmacie !
La canne à sucre est rapidement devenue l’or blanc dans toute la région tropicale. C’est une culture qui demande beaucoup de main d’œuvre, et pour laquelle a été développé le commerce d’esclaves. Les plantations ont envahi les territoires, et cette monoculture exigeante a vite gaspillé la fertilité naturelle, épuisant l’humus accumulé par les sols. En outre, pour fournir le bois nécessaire au raffinage, d’ immenses forêts ont été rasées.
Toutes les forêts ne sont pas équivalentes. Dans les régions tempérées, la décomposition organique est lente, et donne un sol riche en profondeur. Dans la forêt tropicale, la chaleur et l’humidité décompose très rapidement les matières végétales, en quelques jours en Amazonie alors que cela peut être 18 mois en Angleterre par exemple. Les matières organiques sont directement assimilées par la croissance des plantes, de ce fait la couche d’humus est très mince. Sans les arbres, sous le soleil, elle est très rapidement érodée : l’ancienne forêt devient désert.
Par exemple la région tropicale du Nord est du Brésil, aujourd’hui la plus pauvre du pays, était décrite par les conquérants comme le jardin d’Eden. Elle disposait d’un sol ayant une grande fertilité, riche en humus et sels minéraux, était couverte de forêts. Là ou tout poussait avec vigueur, les plantations sucrières n’ont laissé que des sols nus et des terres érodées, des rivières asséchées. Elle a été transformée en une région de savanes, et par endroits de déserts.
Autre exemple à Cuba, les brûlis destinés à ouvrir les terres à la canne à sucre ont dévasté la vie végétale et animale, et à partir de cette période Cuba a du importer une partie de sa nourriture.
S’ajoutèrent ensuite au sucre le cacao, le coton, le caoutchouc, le café. Les plantations de café progressèrent en laissant derrière elles aussi des déserts.
L’émergence du capitalisme européen est un processus de plusieurs siècles qui a commencé très tôt, et dans lequel le pillage colonial joue un rôle central.
Il a consisté à la fois au génocide des peuples, à l’instauration de l’esclavage à une échelle mondiale, mais aussi à la prise des terres et à la destruction des écosystèmes. La puissance de l’Occident qui lui a permis de dominer le monde n’est pas due à un génie particulier, mais s’est bâtie à partir de sueur, de larmes, de sang et d’un écocide majeur, à tel point qu’aujourd’hui l’hypothèse d’une modification du climat du fait de l’abandon des terres cultivables et de effets des plantations est posée. Il a bouleversé des continents entiers, conduit à un appauvrissement généralisé, et mis ces populations dans une fragilité structurelle face aux évènements climatiques extrêmes, dont les effets sont toujours présents.




