Une révolte écologique contre l’industrie meurtrière

Une révolte écologique contre l’industrie meurtrière

La révolution industrielle en Europe au 19ème siècle va vite poser des problèmes écologiques, même si on n’utilisait pas ce mot à l’époque.

Elle s’appuie d’abord sur une utilisation du charbon de plus en plus massive, puis sur le développement de la chimie, autant d’activités qui polluent les cours d’eau, dégagent des fumées insupportables, voire des brouillards toxiques dans toutes les villes industrielles, dévastent les campagnes, provoquent des maladies, causent une mortalité considérable parmi les ouvrières et ouvriers concerné.es.

Les capitalistes affirment que ces productions, la transformation de la nature enfin maîtrisée en marchandise reproductible à l’infini, ouvre une nouvelle ère de progrès continu et de civilisation sur le globe terrestre.

Rapidement des scientifiques vont s’interroger sur les effets de cette révolution industrielle à la mode capitaliste. Un biologiste allemand crée en 1866 le néologisme de « science écologique», et plusieurs ouvrages vont dans les années suivantes étudier les modifications introduites dans le vivant par toutes ces évolutions. Certains même commencent à se poser la question du dérèglement climatique du fait des rejets de plus en plus massifs de CO2. Un physicien suédois évoque la responsabilité de la combustion de la houille dès 1896. Des échanges scientifiques vont suivre discutant de l’idée d’un réchauffement climatique produit par l’industrie au tout début des années 1900.

Du côté des riverains et des ouvrières et ouvriers, des voix se lèvent dès le début des ces productions industrielles. Ici ce sont les pêcheurs, là les utilisateurs de jardins nourriciers, là les agriculteurs qui voient leurs récoltes détruites, ailleurs les victimes directes des pollutions dans les usines, ailleurs des associations qui enquêtent sur les fumées et luttent contre les productions insalubres.

Dès les premiers pas du mouvement ouvrier, syndical ou politique, les réponses sont radicales.

Le congrès socialiste de Paris de 1889 demande « l’interdiction de certaines industries et de certains modes de fabrications préjudiciables à la santé des travailleurs1 », celui organisé à la bourse de Lyon cinq ans après exige « l’interdiction de l’emploi de tout procédé industriel reconnu irrémédiablement nuisible à la santé des travailleurs », comme la CGT lors de son congrès de 1895. La fédération des ouvrières et ouvriers des manufactures d’allumettes parvient à faire interdire l’emploi du phosphore, qui provoque une nécrose de la mâchoire.

La plus significative des révoltes écologiques est celle des mines de cuivre dans le village de Rio Tinto en Andalousie. Les premières plaintes avaient commencé dès 1840 contre les procédés de traitement du cuivre qui détruisaient la végétation. L’introduction d’équipements lourds avec l’arrivée de capitaux britanniques met la pollution à un niveau insupportable. Le raffinage séparant le cuivre et le soufre se fait par brûlage en combustion lente à ciel ouvert des tas de pyrite de fer, qui produit des nuages sulfureux et de l’acide sulfurique qui dévastent l’agriculture à des kilomètres autour du lieu de production. Il était difficile de respirer à certains moments, des personnes mouraient, des centaines d’autres souffraient de convulsions.

Une ligue anti-fumée, composée de paysans et d’habitants des villes minières, rejoint la grève des mineurs qui demandaient la gratuite des soins médicaux, la réduction de la journée de travail de douze à neuf heures, le paiement d’une journée de travail complète lorsque la pollution empêchait le travail.
Le ler février 1888, la gréve bloque le fonctionnement des mines. Le 4 février, une manifestation de milliers de grévistes et des habitant.es des localités voisines veut imposer à la Municipalité de Rio Tinto l’interdiction du brûlage. Mais l’État avait décidé de mater cette révolte : le gouverneur exige leur retrait de la ville, devant leur refus, les militaires tirent sur la foule. Quarante-cinq hommes, femmes et enfants sont tué.es, dont vingt-trois des mines, des centaines d’autres furent blessées.

L’étiquette d’écoterrorisme n’existait pas, la volonté de faire taire ces refus était bien là !

1Jarrige Le Roux La contamination du Monde ed Seuil 2017 page 262