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Le 10 juillet 1940 l’Assemblée Nationale vote les pleins pouvoirs à Pétain. Cette loi constitutionnelle donne tout pouvoir au gouvernement sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, de promulguer une nouvelle constitution de l’État français garantissant « les droits du travail, de la famille et de la patrie ». Ce vote met fin à la troisième république, et instaure l’État français de Pétain qui va sévir jusqu’à la libération.
Le Maréchal Pétain rodait autour du pouvoir depuis quelque temps. Auréolé d’un grand prestige depuis la fin de la première guerre mondiale, il avait été Ministre de la guerre quelques mois en 1934, puis ambassadeur en 1939 dans l’Espagne de Franco. C’est avant tout un militaire anglophobe, respectueux des hiérarchies et de l’ordre établi, qui partage le mépris de la droite antiparlementaire pour le régime, ne supporte pas ce qu’il appelle les bavardages politiciens ; qui reproche au Front populaire d’avoir favorisé le désordre et l’antipatriotisme. Il a beaucoup de traits communs avec le dictateur portugais Salazar.
Après avoir refusé de rentrer au gouvernement au moment de la déclaration de guerre de septembre 1939, il accepte le poste de vice président du Conseil en mai 1940, une semaine après l’offensive allemande. Le 14 juin, Paris est occupé, le gouvernement est réfugié à Bordeaux, Pétain s’oppose à la fusion des gouvernements anglais et français et s’affirme comme le chef de file des partisans de l’armistice qu’il va signer quelques jours après, le 22 juin.
C’est dans ce contexte que les parlementaires vont lui donner les pleins pouvoirs, à une large majorité des présents, plus de 87 %! Le détail des votes est saisissant. Si les votes des sénateurs et des députés du camp « tout sauf le Front populaire » ne surprennent pas, il en est autrement du vote des députés élus en mai 1936, ceux de la chambre du Front Populaire.
569 parlementaires votent OUI dont 90 socialistes de la SFIO, 170 radicaux et élus de la gauche démocratique; seuls 80 (57 députés et 23 sénateurs) votent « non », dont 36 SFIO comme Léon Blum, Max Dormoy et 27 radicaux.
On constate donc que la majorité des élus socialistes et radicaux a voté POUR l’instauration de l’État français de Pétain. 20 autres se sont abstenus dont 7 SFIO.
170 parlementaires sont absents, dont les 61 communistes. En effet, le parti communiste est interdit depuis le pacte germano soviétique de 1939, ses parlementaires démis, et des milliers de militant.es ont été arrêté.es.
Notons qu’en 1944, à la Libération, une ordonnance frappe d’inéligibilité les parlementaires qui ont voté les pleins pouvoirs, mais ils seront amnistiés quelques années plus tard en 1951 et 1953, ce qui permettra à un certain nombre d’entre eux de faire leur retour en politique.
Pétain, au lendemain du vote, se proclame chef de l’État français et s’arroge tous les pouvoirs. Il supprime tous les contre pouvoirs, les libertés publiques, les partis politiques, à l’exception des collaborationnistes, les centrales syndicales, met hors la loi la franc maçonnerie. Les maires qui ont refusé de signer un serment d’allégeance à Pétain sont destitués, remplacés par des délégations nommées par décret. Des juridictions d’exception sont mises en place, et plusieurs prisonniers communistes sont guillotinés. Il réorganise rapidement l’État autour des Préfets, par une purge radicale. Un an après l’instauration du régime 82 postes sur 87 sont occupés par de nouveaux titulaires choisis par le régime, et 80 sont « sortis des cadres », soit par une mise en retraite, soit en application de lois sur la nationalité.
Il instaure un régime contre révolutionnaire et autoritaire qui se donne pour objectif de réaliser une « révolution nationale » autour du culte du Maréchal entretenu par de nombreux évêques, militaires et hauts fonctionnaires.
N’oublions jamais que ce régime n’a pas été mis en place par un coup d’état, mais tout à fait légalement, en utilisant les institutions de la troisième république, avec le soutien des pouvoirs en place.




