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Au début du 20° siècle, la profession est en extension constante dans plusieurs compagnies. Le métier s’apprend sur le terrain et pour conserver les cheminots, les compagnies mettent en place des systèmes de soins, de caisses de retraite, des économats voire des coopératives, des bons de circulation.
La première grande gréve se déroule en 1891 dans la région parisienne contre le licenciement de syndicalistes. L’armée est dans les gares, 1000 cheminots sont révoqués définitivement, à cette époque les tribunaux estimaient que le fait d’être gréviste était un motif valable de licenciement. Mais dans les années qui suivent le gouvernement légifère sur la durée du travail, les repos, la représentation du personnel et unifie le régime de retraite. Sans aborder ni régler deux revendications qui guideront les mobilisations dans les 30 années à venir : le statut et la nationalisation des compagnies.
En 1910 s’engage la grève « de la thune » les 5 francs d’augmentation. Elle démarre contre le renvoi d’un syndicaliste qui avait écrit « il faudrait, pour aboutir, que chacun rende inutilisable sans pour cela les détruire, ses instruments de travail ». C’est l’époque où la CGT milite pour la Grève Générale. Le mouvement s’étend vite. A nouveau l’armée occupe les gares, aiguillages, réquisitionne les cheminots. Des centaines sont arrêtés pour leur refus. La grève, malgré des manifestations impressionnantes, est minoritaire, et le Comité de grève appelle à reprendre le travail, pour éviter la défaite complète. A nouveau il y a près de 2000 révocations définitives, un gréviste sur 23, mais la grève oblige le gouvernement à céder. En effet il adopte en 1911 une loi donnant la retraite, après 25 années de service, à 50 ans pour les roulants, 55 ans pour les autres services actifs et 60 ans pour les sédentaires ; et en 1912 un statut proche de la fonction publique pour les cheminots du réseau de l’État, un quart des cheminots.
Au niveau syndical, la CGT finit par intégrer unifier les organisations corporatives en 1917, ce qui conduit à des adhésions massives : en 1919, 85 % des cheminots sont syndiqués !
En 1920 l’effervescence politique dans une Europe en révolution dans la foulée de la Révolution russe se traduit par une première vague de grèves qui démarre à Périgueux en janvier contre le nombre insuffisant de lavabos : les cheminots quittent l’atelier 5mn avant la fin du travail pour avoir le temps de se laver. Le mouvement s’étend rapidement, et se radicalise. Face à la répression, aux arrestations de dirigeants syndicaux, aux révocations, il s’élargit contre les sanctions, pour le statut, les droits syndicaux et les salaires. Les négociations aboutissent, la CGT appelle à la fin de la grève, alors que certaines compagnies maintiennent les sanctions. Dans ce mouvement, les militants révolutionnaires deviennent majoritaires, ce qui se concrétisera lors du congrès d’avril 1920 de la CGT.
C’est dans ce contexte qu’est adopté le statut unique pour tous les cheminots en avril 1920, qui prévoit la sécurité de l’emploi, 15 jours de congés payés, les délégués du personnel, une nouvelle échelle salariale. C’est l’un des premiers contrats collectifs imposé au patronat, après celui des mineurs.
C’est alors que la CGT engage à nouveau la grève à partir du 1er mai 1920, pour la réintégration de tous les révoqués et la nationalisation. Pour les plus combatifs, la révolution est à l’ordre du jour, par la grève générale. La répression est violente, les dirigeants de la CGT sont arrêtés, c’est un échec. Qui marquera les esprits, près de 18 000 révocations. Il n’y aura plus de grèves pendant 20 ans, une grève très symbolique de 4 jours en 1936, et une bataille pour une vraie loi d’amnistie, qui sera totale en 1937, après les textes inefficaces en 1925 et 1931.
C’est également en 1937 qu’est enfin obtenue la création de la SNCF, une nationalisation sans expropriation dans une seule société de chemins de fer, lors de laquelle les compagnies conservent 49 % du capital.
On entre dans une autre période. Elle commence par la place de la résistance des cheminots durant la seconde guerre mondiale qui va ouvrir un nouvelle phase de l’histoire de cette profession.
Les images d’illustration de l’épisode sont générées par un modèle de langage.




