La grève des Penn Sardin de Douarnenez

La grève des Penn Sardin de Douarnenez

En 1924 Douarnenez est le premier centre de production de conserves de sardines, toute la ville en vit. Plus de 3000 marins, dans 500 bateaux et dans les 21 conserveries, 2500 salarié·es dont 1900 ouvrières. Le travail est très dur, on travaille de 14 à 15 heures par jour quand la pêche bat son plein, la vie au travail commence très jeune … Les dangers encourus par les marins, la longueur des journées de travail des femmes, la misère partagée, toutes ces conditions forgent une solidarité qui irrigue toute la société. Enfin, la capacité des femmes à assumer le double statut de femmes de marin et d’ouvrière d’usine, assoit leur autorité. La radicalité politique gagne la ville, c’est la première en France à élire un maire communiste en 1921, démis par le Préfet pour avoir donné le nom de Louise Michel à une rue de la ville. Il sera remplacé par son adjoint Le Flanchec.

La solidarité est forte, dès qu’un secteur arrête le travail, tous les autres sont immédiatement touchés. La syndicalisation a d’abord concerné les ouvriers soudeurs, puis les marins pêcheurs, et à partir de 1905 les ouvrières des sardineries, qui obtiennent après une grève d’être payées à l’heure et non plus au mille de sardines. Le syndicat composé uniquement de femmes, animé par Eulalie Belbéoc’h organise une caisse de prévoyance et de secours, « la bretonne ».

Le 21 novembre 1924 la grève part d’une fabrique de boites de conserves. Cent ouvrières et 40 manœuvres quittent les ateliers en chantant l’internationale (la chanson va bientôt être imprimée à 2000 exemplaires et vendue aux grévistes). La grève se répand rapidement, le 25 elle est presque totale avec un slogan qui est l’hymne de la grève « nous voulons 25 sous et nous les aurons ». Des déléguées sont désignées dans toutes les usines.

Une participante raconte «  On chantait l’internationale..devant chaque usine on s’arrêtait et on leur chantait quelque chose sur l’air des lampions. On n’avait hâte qu’à une chose, l’heure de la réunion et de la manifestation. On cassait deux à trois paires se sabots dans la semaine ….vous vous rendez compte, tout le bruit des sabots qui descendaient la rue Barbusse ! Pour nous à notre âge, c’était un plaisir »

Tous les jours des cortèges parcourent la ville avec 2000, puis 3000 personnes. Des soupes communistes sont organisées.

Des responsables communistes, de la CGTU arrivent, Charles Tillon et Lucie Colliard qui expose ses vues féministes dans les meetings, l’égalité des salaires, et prône même la limitation des naissances. Un comité de grève est élu par la foule des grévistes, avec 6 femmes et 9 hommes (alors que les femmes représentent 76 % des grévistes).

Le juge invite à Douarnenez les deux parties pour un compromis, les patrons refusent de s’y rendre : impossible pour eux de céder devant ces ouvrières ! Une négociation est organisée à Paris le 14 décembre. Seule une petite maison cède, 20 sous d’augmentation et pas de sanctions contre les grévistes.

Alors les usiniers font appel aux briseurs de grève. Le soir du 1er janvier ils passent à l’action dans un café, agressent deux pêcheurs qui défendent le droit de chanter l’internationale, tirent sur eux, font plusieurs blessés, dont le Maire Le Flanchec, lui perçant la gorge d’une balle (il en perdra la voix, lui interdisant ces meetings enflammées qu’il animait). La fusillade se retourne contre ses commanditaires. C’est l’émeute, la foule se presse vers l’hôtel où se trouvent les agresseurs, où se réunissent les patrons. L’affrontement avec la gendarmerie est très violent, et dure plus d’une heure.

La grève devient un enjeu politique national. Les sardinières poursuivent leur mouvement, les manifestations redoublent pour appuyer les négociations. Les patrons, qui veulent éviter d’être désignés comme responsables de l’embauche de briseurs de grève armés de pistolets signent un accord qui met fin à six semaines de grève. Ils acceptent 20 centimes d’augmentation, des majorations pour les heures supplémentaires, le travail de nuit. C’est la victoire !

Aux élections municipales suivantes, une des grévistes les plus en vue, Joséphine Pencalet est présente sur la liste communiste qui est élue toute entière, mais les femmes ne votant pas et n’étant pas éligibles, le scrutin est annulé.

Les images d’illustration de l’épisode sont générées par un modèle de langage.