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Dès 1972 le rapport dit Meadows, du nom de ses principaux auteurs, alerte sur les limites de la croissance dans un monde fini. Il avait été commandé par un Groupe de réflexion, le Club de Rome, composé d’industriels, de hauts fonctionnaires, de scientifiques et de chefs d’État qui décelaient des signes de tensions au sein du système, se posaient la question de la durabilité de la croissance. À l’époque, la population mondiale double tous les 32 ans, la production industrielle double tous les 10 ans, la pollution connaît une croissance exponentielle, et le rapport n’aborde pas spécifiquement l’effet des gaz à effet de serre sur le climat qui amplifie leurs conclusions sur bien des points.
Après les mises à jour de 1992, 2004 et 2012, et il reste une référence dans tous les débats sur les liens entre croissance économique, conséquences écologiques, ressources limitées et évolution démographique. D’ailleurs c’est en partie pour y répondre que le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a été créé en 1988 sous la pression de Reagan et de Thatcher, qui redoutaient une expertise climatique relevant de scientifiques soupçonnés de militantisme écologique. Les rapports finaux du Giec sont validés à l’unanimité par les délégués des 195 États membres.
Ces scientifiques du rapport Meadows développent une approche nouvelle. Iels analysent le système socioéconomique mondial dans sa relation avec la biosphère comme un ensemble global dont les parties sont en interconnexion. A l’aide de modèles mathématiques, il simule l’évolution de différentes variables, comme la population, la production agricole, les ressources, la production ou encore la pollution. C’est une méthode reprise aujourd’hui par les climatologues du Giec.
Il fait des projections sur 200 ans (1900 à 2100) dans une douzaine de scénarios.
Le premier prévoit un maintien de la trajectoire historique de la civilisation industrielle capitaliste. Les autres simulent les effets qu’auraient l’introduction d’innovations avec un résultat saisissant : lorsqu’on supprime ou repousse une limite pour permettre à la croissance de continuer, on se heurte à une autre limite.
Le rapport annonce avant 2100 ce qu’il appelle l’effondrement, pas la fin de l’humanité, mais la diminution brutale de la population accompagnée d’une dégradation significative des conditions de vie, baisse importante du produit industriel par tête, du quota alimentaire par tête. Le seul scénario qui permet d’éviter le dépassement des limites est celui qui remet en cause la croissance économique et propose la réforme des politiques et des structures socioéconomiques.
La mise à jour de 1992 constate que certains seuils sont dépassés. Celle de 2004 estime qu’il reste une dizaine d’années tout au plus pour une décroissance contrôlée qui permettait de redescendre sous les limites. A partir de la décennie 2010, pour Dennis Meadows, le dépassement d’un grand nombre de limites de la planète est trop avancé, certaines cascades d’événements irréversibles sont enclenchées, il donc trop tard pour atteindre un équilibre soutenable, ce n’est plus uniquement notre qualité de vie qui est menacée, mais la survie même de l’espèce humaine, tout en insistant sur le fait que nous avons encore aujourd’hui les moyens d’assurer une vie décente pour tou.tes en réduisant les inégalités, même si la marge de manœuvre est plus réduite qu’il y a 50 ans.
Malgré son impact initial, le rapport a été largement ignoré en raison de ses conclusions. Comme le disaient ces présidents américains, « Le mode de vie des Américains n’est pas négociable » ou « Il n’y a pas de limite à la croissance, car il n’y a pas de limite à l’intelligence humaine, à son imagination et à ses prodiges ».
Le capitalisme, la production pour le profit ne peuventt se concevoir sans croissance. Or une croissance infinie est une illusion.




